Techniques de fabrication des tapis

 

A près les diverses opérations liées à la préparation de la laine, le tissage proprement dit peut commencer. C'est en fait de la finesse et de la solidité des fils de chaîne et des fils de trame que dépend la valeur d'un tapis. Deux parties essentielles le composent : la haute laine et le tissu de fond. Le nombre de nœuds au décimètre carré varie entre 50 dans un tapis du Haut-Atlas et 400 dans un tapis citadin de Rabat.
On classe dans la famille des tapis ruraux les tapis du Moyen Atlas, les tapis du Haut Atlas et les tapis du Haouz de Marrakech.

Laine et tissage

De nos jours encore, dans certaines régions du Maroc, la laine est considérée comme un cadeau du ciel; on lui attribue le don de protéger l'homme des forces maléfiques. Depuis la tonte jusqu'à l'ourdissage, la laine est donc traitée avec soin et travaillée selon un rituel très précis, qui se transmet de génération en génération. Ainsi, après la tonte, la laine est gardée dans un coin discret de la maison. Lors du lavage de la laine à la rivière les tisseuses prononcent ces mots : "La laine comme le blé génère l'abondance". Quant à la teinture, qui a pour objet de modifier l'aspect de la laine sans en modifier les qualités principales d'isolant thermique, de résistance à l'usage et de confort visuel et tactile, elle obéit encore dans certaines régions à un rite précis. La veille de l'opération de teinture, on expose les différents bains à la lueur des étoiles pour chasser les forces maléfiques.

La tisseuse, fumige la laine prête à être teinte et la cache loin des regards, puis, elle se purifie elle-même comme si elle se préparait pour la prière. Le lendemain, à l'aube, la tisseuse retourne vers le bain qu'elle a exposé aux étoiles sans se tourner ni à gauche ni à droite puis elle commence l'opération de teinture après avoir prononcé une prière, la "Basmala". Pour l'ourdissage, la tisseuse demande à deux voisines de l'aider à monter son métier à tisser. Après avoir planté les deux piquets de l'ourdissoir, la propriétaire du métier à tisser prononce la "Basmala" puis écrase quelques morceaux de sucre entre les deux piquets. Puis, les trois tisseuses se mettent à chanter les phrases suivantes : "Nous voulons monter le métier, chaque métier voyant le jour doit être achevé".

Malheureusement, les techniques ancestrales de teinture tendent à se perdre. Si la tradition orale des teintures végétales est toujours dans les mémoires, elles ne sont plus très souvent employées de nos jours pour les laines qui entrent dans la fabrication du tapis marocain. Depuis quelques années, les autorités entreprennent des recherches afin de retrouver les anciens procédés de teinture naturelle. Un projet ambitieux qui rendra aux tapis ses lettres de noblesse.

Dans certaines tribus de l'Atlas, lorsqu'une femme vend ou achète un tapis (dont la confection prend souvent plus d'un an), l'évènement est vécu comme une manne de Dieu et donne lieu à une véritable fête. Par contre, dans d'autres tribus, l'achèvement d'un tapis est considéré comme la perte d'un enfant que l'on a conçu, élevé et vu grandir pour finalement le voir partir. Son achèvement est alors accueilli par des cris et des pleurs.

 

Les tapis citadins

L'appellation de "tapis citadins" s'applique surtout pour les tapis de Rabat et de Médiouna, tous deux d'inspiration orientale. Ceux-ci comptent entre 40. 000 et 90. 000 points au mètre carré suivant le niveau de qualité désiré. Les tapis de Médiouna se singularisent par l'importance accordée au champ central qui comporte souvent plusieurs médaillons. Les tapis citadins sont en général très longs, presque disproportionnés. C'est une simple adaptation aux dimensions des salles marocaines, d'architecture andalouse.

 

Les tapis du Moyen Atlas

Le Moyen Atlas abrite la majeure partie des tribus qui tissent les tapis (Béni M'Guild. . . ). Ces tapis sont connus pour leurs velours blanc et soyeux. Les nœuds ont une hauteur qui atteint parfois 10 cm ou plus. Ces tapis servent de matelas, de couvertures, et montrent un décor simple fait de losanges. Ces tapis sont appelés "achdif". Les tapis du Moyen Atlas sont tissés selon des techniques qui varient quelque peu d'une tribu à l'autre.

 

Les tapis du Haut Atlas

Les tapis du Haut-Atlas sont tissés selon une technique similaire à celle du tapis citadin. Les tapis du Haut Atlas sont également appelés les tapis des Aït Ouaouzguites, tribu qui peuple le territoire se trouvant entre Ouarzazate et Taznakht.

Métiers à tisser

Les métiers à tisser utilisés appelés localement Astta sont dans leur grande majorité en bois et en métal. Les montants sont métalliques, les ensouples sont à base de madriers en bois à base rectangulaire. Le tissage sur ces métiers donne un tapis avec des franges sur un seul côté. Les métiers entièrement métalliques, à ensouples cylindriques permettent le tissage de tapis avec des franges des deux côtés. Ils sont peu nombreux.